Combien de temps et d’argent vous coûte réellement un accompagnement de deuil périnatal ?
Publié le Mis à jour le 10 minutes de lecture Par Jimenez Julien
Vous comptez les rendez-vous, la mère aussi. Mais l’heure facturée ne dit rien des appels hors séance, des messages relus trois fois, de la supervision, de l’assurance et des heures où vous ne pouvez rien faire d’autre. Voici la méthode pour chiffrer un accompagnement complet, poste par poste.
La réponse honnête est qu’aucune moyenne de la profession ne vous concerne. Votre coût réel se calcule sur six postes, et il vous faut vos propres relevés pour l’obtenir.
- Le temps de séance réellement passé, dépassements compris.
- Le temps invisible: préparation, report des notes, messages, appels imprévus.
- Les dépenses annuelles de la pratique, ramenées au nombre d’accompagnements.
- Les cotisations et prélèvements liés à votre statut.
- Les heures de récupération que vous ne pouvez vendre à personne.
- Le nombre d’accompagnements que vous tenez réellement en parallèle.
La donnée qui décide de tout n’est pas votre tarif affiché: c’est le rapport entre vos heures non facturées et vos heures de séance. Deux mois de relevé suffisent à le connaître. Voici comment mesurer chaque poste, puis quoi faire du résultat.
Le temps visible: ce que la mère voit et paie
Les séances, leur durée réelle et leurs dépassements
Commencez par compter les séances réellement tenues sur un accompagnement achevé, pas celles que vous aviez prévues. Un accompagnement qui s’arrête à trois rendez-vous et un autre qui court sur dix huit mois n’ont pas le même coût, et la moyenne des deux ne décrit ni l’un ni l’autre.
Relevez ensuite la durée observée, pas la durée annoncée. Une séance prévue pour une heure se termine rarement à l’heure quand une mère se met à parler du prénom au moment de reprendre son manteau. Notez l’heure de fin réelle pendant deux mois, sans chercher à corriger votre pratique pendant le relevé.
Les appels convenus entre deux rendez-vous
Certains accompagnements comprennent un appel court entre deux séances, annoncé et accepté de part et d’autre. Il est visible pour la mère, donc il fait partie du temps que vous pouvez chiffrer.
Notez sa durée à la minute. Un appel prévu pour dix minutes qui en dure trente n’est pas un incident isolé: si le cas se répète, il appartient au cadre et doit apparaître dans votre calcul comme dans ce que vous annoncez.
Le temps invisible, le plus lourd
Préparation et relecture avant chaque séance
Avant chaque rendez-vous, vous relisez le dossier: le prénom et sa prononciation, ce qui a été dit la fois précédente, les mots à ne pas employer, les décisions prises. Ce temps ne se voit pas et il conditionne pourtant la justesse de la première phrase.
Chronométrez le, séance après séance, pendant deux mois. Chez la plupart des accompagnantes, ce poste s’allonge quand la mémoire est éparpillée entre un carnet, une messagerie et des notes de téléphone, ce que compare le comparatif des supports où garder la mémoire d’un accompagnement.
Report des notes, messages écrits puis relus
Après la séance vient le report: ce qui a été dit, les dates nouvelles, les mots employés par la mère. Fait le soir même, il prend quelques minutes. Fait trois jours plus tard, il prend le double et il perd en exactitude.
Ajoutez les messages. Un message à une date sensible s’écrit, se laisse reposer, se relit à voix haute, parfois se réécrit entièrement. Comptez le temps complet, pas seulement celui de la frappe.
Appels imprévus et échanges avec d’autres professionnelles
Il y a les appels que vous ne pouvez pas ne pas prendre: une mère la veille d’une échographie, un mari qui appelle pour elle, un retour de maternité difficile. Ils ne se planifient pas et ils s’imposent au milieu d’autre chose.
Il y a aussi les échanges avec une sage-femme, une psychologue ou une association, quand vous préparez une orientation. Chacun est court, leur addition ne l’est pas. Notez les au fil de l’eau, sinon ils disparaissent du compte.
Les dépenses de la pratique
Supervision et analyse de la pratique
La supervision est la dépense la plus régulière et la moins négociable de ce métier. Additionnez le coût annuel réel des séances et le temps de trajet qu’elles demandent, puis divisez par le nombre d’accompagnements menés dans l’année.
Le chiffre obtenu vous surprendra sans doute. Il représente le prix du maintien de votre propre limite, et c’est un poste que l’on ne réduit pas.
Formation continue et documentation
Formations, journées de réseau de santé périnatale, ouvrages, colloques: rassemblez une année complète de factures avant d’estimer quoi que ce soit. Ajoutez les frais annexes, transport et hébergement, souvent supérieurs au prix de la formation elle même.
Comptez aussi les journées non travaillées pendant ces temps de formation. Une journée de formation coûte son prix plus la recette que vous n’avez pas faite ce jour là.
Assurance en responsabilité civile professionnelle, local et déplacements
La cotisation d’assurance, le loyer d’une salle louée à l’heure ou la part de votre logement affectée à la pratique, les outils que vous payez au mois: tous se ramènent au nombre d’accompagnements de l’année.
Les déplacements en maternité méritent une ligne à eux. En zone rurale, un rendez-vous à quarante minutes de route se paie deux fois: le carburant et les heures de trajet, pendant lesquelles vous ne recevez personne. Relevez les kilomètres réels, pas une estimation de mémoire.
Les prélèvements et le net qui reste
Cotisations sociales des indépendantes
Ce que vous encaissez n’est pas ce que vous gagnez. Les cotisations sociales dépendent de votre statut, de votre régime et de la nature de votre activité, et leurs modalités évoluent: les règles applicables à votre situation exacte figurent chez l’Urssaf, pour les cotisations des travailleurs indépendants.
Retenez surtout le principe de calendrier: les cotisations d’une bonne année se règlent souvent alors que l’activité a déjà ralenti. Ce décalage se prépare, il ne se subit pas.
Franchise en base de taxe sur la valeur ajoutée
La franchise en base de taxe sur la valeur ajoutée est régie par l’article 293 B du code général des impôts. Elle dispense de facturer la taxe en dessous de certains seuils, qui ont été modifiés à plusieurs reprises: vérifiez les montants en vigueur sur Legifrance, où le code général des impôts est publié à jour plutôt que dans une note de formation ancienne.
Ce point n’est pas théorique. Franchir le seuil sans l’avoir vu oblige à facturer la taxe rétroactivement, sur des accompagnements déjà réglés par des familles que vous ne rappellerez pas pour cela.
Le passage du chiffre d’affaires au revenu
Trois chiffres différents circulent souvent sous le même mot. Le chiffre d’affaires est ce que vous encaissez. Le résultat, ce qu’il en reste une fois les dépenses de la pratique déduites. Le revenu disponible, ce qui subsiste après cotisations et impôt.
Écrivez les trois côte à côte, une fois par an. C’est le seul moyen de savoir si un tarif tient réellement, plutôt que de le comparer à celui d’une consoeur dont vous ignorez les charges.
Le coût que personne ne facture: la charge émotionnelle
Les heures où vous n’enchaînez pas
Après certaines séances, vous ne recevez personne. Ce n’est pas une faiblesse d’organisation, c’est la condition pour que la mère suivante ne trouve pas devant elle une accompagnante encore occupée par une autre histoire.
Ces heures se comptent. Si vous vous interdisez d’enchaîner deux séances lourdes dans la même journée, votre journée ne contient pas six rendez-vous, elle en contient trois, et votre coût horaire réel double par rapport à ce que vous imaginiez.
Les arrêts et les périodes de retrait
Il arrive qu’un accompagnement croise votre propre histoire et qu’il faille lever le pied quelques semaines, ou passer la main. Cette éventualité fait partie du métier et se provisionne comme une dépense, pas comme un accident.
Regardez votre année écoulée: combien de semaines avez vous réellement travaillé, et non combien en comptait le calendrier. C’est ce nombre là qui doit servir de base au calcul.
Le tableau de chiffrage à remplir avec vos propres chiffres
Recopiez ce tableau et remplissez la dernière colonne à partir de vos relevés. Tant qu’elle reste vide, aucune décision de tarif n’est solide.
| Poste | Unité de relevé | Sur quelle période mesurer | Votre chiffre |
|---|---|---|---|
| Séances tenues | Heures réelles, fin de séance notée | Deux mois | Heures |
| Appels convenus | Minutes par appel | Deux mois | Heures |
| Préparation et report | Minutes avant et après chaque séance | Deux mois | Heures |
| Messages et échanges professionnels | Minutes, rédaction et relecture comprises | Deux mois | Heures |
| Dépenses de la pratique | Factures annuelles | Année écoulée | Euros |
| Déplacements | Kilomètres et heures de trajet | Année écoulée | Euros et heures |
| Semaines réellement travaillées | Semaines | Année écoulée | Semaines |
Coût horaire réel d’un accompagnement
Additionnez les heures des quatre premières lignes: vous obtenez le temps total d’un accompagnement, et non son temps facturé. Divisez ensuite les dépenses annuelles par le nombre d’accompagnements de l’année et ajoutez le résultat.
Rapportez enfin ce total aux heures de séance seules. Le rapport obtenu est votre chiffre à vous, celui qui vous dira si votre pratique tient sur douze mois.
Les trois arbitrages possibles quand le compte ne tombe pas juste
Il n’y en a que trois, et ils sont tous respectables. Réduire le nombre d’accompagnements simultanés. Revoir le tarif, en le disant simplement, sans vous justifier. Ou financer une partie de cette activité par une autre, comme le font beaucoup de sages-femmes et de formatrices.
Un quatrième chemin existe mais se referme toujours: rogner sur la supervision, sur la préparation ou sur le report des notes. C’est le seul qui abîme des familles, et c’est aussi celui qui pousse à l’arrêt en deux ou trois ans.
Un accompagnement de deuil périnatal coûte toujours plus d’heures que la ligne inscrite sur votre facture. Le temps invisible pèse davantage que le temps de séance, les dépenses fixes se ramènent à un petit nombre d’accompagnements par an, et la charge émotionnelle plafonne ce que vous pouvez tenir en parallèle. Ces quatre faits, mesurés chez vous, valent tous les tarifs conseillés.
Etoiline enregistre au passage ce que vous mesurez ici: durée réelle des séances, temps de report, messages préparés puis validés à la main, appels notés au fil de l’eau, avec un indicateur de charge qui signale quand un accompagnement de plus serait un accompagnement de trop. Les évolutions du métier qui pèsent sur ce calcul sont détaillées dans ce qui change aujourd’hui dans l’accompagnement du deuil périnatal, et les échéances de votre activité dans le calendrier annuel d’une accompagnante. Pour chiffrer votre pratique à partir de vos propres relevés, demandez une démonstration ou un devis pour Etoiline.
Voir le carnet appliqué à votre pratique
Etoiline garde le prénom de l’enfant, sa prononciation, les dates sensibles et les mots choisis par chaque famille, et ne fait jamais partir un message sans votre relecture. Nous vous montrons le carnet sur une situation réelle de votre activité, puis nous vous disons franchement s’il convient à votre pratique.
Demander une démonstration d’Etoiline